L’esclavage : encore marginal dans les programmes d’histoire

Par 13/10/2020 - 13:08
01/01/2020 - 00:00

Votée le 10 mai 2001, la loi Taubira prévoyait dans son article 2 que « les programmes scolaires [accordent] à la traite négrière et à l'esclavage la place conséquente qu'ils méritent. » 20 ans après, selon la Fondation pour la mémoire de l’esclavage , l’élan est largement retombé. En France, l'enseignement de ce pan de l'histoire reste à géométrie variable.

    L’esclavage : encore marginal dans les programmes d’histoire

« Lorsqu’il est question de l’esclavage, on n’enseigne pas la même histoire de France à tous les enfants de France » , constate la fondation , créée en 2019 et dirigée Dominique Taffin , ancienne directrice des archives départementales de la Martinique.

Dans le premier degré, l’esclavage et les abolitions occupent une place minime dans les programmes d’histoire. Au collège, le traitement de l’esclavage colonial en classe de 4ème a gagné en densité et les manuels se sont enrichis, même si la première abolition reste assez largement ignorée. 

Au lycée, tout dépend des filières et des territoires : les programmes destinés aux lycéens généraux de l’Hexagone passent totalement sous silence l’histoire de la révolution de Saint-Domingue conduite par Toussaint Louverture, la première abolition de 1794, le rétablissement de l’esclavage en 1802 et de l’indépendance de Haïti. Des notions qui sont au contraire abordées avec précision dans les lycées professionnels hexagonaux et les lycées généraux d’outre-mer, grâce aux programmes adaptés pour ces territoires. Au final , seule une minorité de lycéens français entendra obligatoirement parler dans sa scolarité de ces luttes, qui sont pourtant au cœur de la construction des idées d’égalité et de l’universalisme républicain.

Une nécessaire harmonisation 

La Fondation pour la mémoire de l’esclavage estime qu’il est grand temps « d’harmoniser le contenu des programmes dans toutes les filières et sur tout le territoire ». Dans sa première note datée du 9 Octobre dernier , la FME formule les sept propositions suivantes pour améliorer la place de l’histoire de l’esclavage dans les programmes et manuels scolaires : 

1. Mettre à disposition de tous les élèves les mêmes connaissances sur ce pan de notre histoire nationale, sans distinction de filières ni de territoires.
2. Intégrer systématiquement l’histoire de Saint-Domingue dans le contexte révolutionnaire en lien avec les valeurs et principes universels de 1789.
3. Adopter une terminologie plus précise et des chiffres consolidés concernant les traites et l’esclavage 
4. Veiller à ce que la question de l’esclavage continue de s’ouvrir à des dimensions autres qu’économiques : conditions de vie des esclaves, révoltes et résistances, héritages culturels
5. Mettre en évidence les liens entre esclavage, traite et racisme, à partir de l’étude des législations basées sur la couleur de peau dans les sociétés escalavagistes.
6. Resituer l’histoire de l’esclavage et des traites dans l’espace et dans le temps long, depuis l’Antiquité.
7. Conduire une enquête globale sur l’enseignement de l'histoire de l'esclavage et des post-esclavages en France en analysant les pratiques de classe.

Des recommandations sans doute pertinentes ; elles n’auront de véritable valeur que si elles parviennent à faire écho auprès des ministères concernés. Faudra-t-il attendre encore 20 ans ? 

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