Chlordécone : les services de l'Etat à la rencontre de la population.

Par • Mis à jour le 02/12/2018 - 16:59

Faut-il revoir la communication sur la chlordécone? Lors d'une opération des services de l'Etat à Destrellan tendant à rendre accessibles les informations sur cet insecticide désormais interdit, peu de fréquentation et de la méconnaissance de la part de certains.

    Chlordécone : les services de l'Etat à la rencontre de la population.

Pas une semaine sans qu'on en parle mais sommes-nous pour autant bien informés sur la chlordécone? Samedi matin, lors d'une opération à la rencontre des citoyens, les services de l'Etat (DAAF, Préfecture, DIECCTE, Direction de la Mer, Agence Régionale de Santé, programme JAFA...) étaient présents à la galerie commerciale de Destrellan afin d'être au contact de la population.  

Il y avait notamment un espace de projection mis à disposition des passants pour visualiser les parcelles impactées par la chlordécone. L'équipe Jardins Familiaux (JAFA) qui propose un diagnostic de terrain gratuit a également intéressé le public. Brice, venu de Baie-Mahault a profité de son passage pour vérifier si sa parcelle était concernée. Plusieurs dizaines de personnes sont ainsi venues s'informer ou compléter leur information. Comparativement à l'affluence dans le plus grand centre commercial du département un samedi matin, c'est peu. 

Dans les allées, désinformation, mésinformation et ras-le-bol

Se tenant à l'écart des stands avec son caddie, Claudine, va faire ses courses dans la grande surface.  Venue de Goyave, elle le dit ouvertement, elle ne croit pas en la dangerosité de la chlordécone.

"J'en ai utilisé dans les champs pendant longtemps, on appelait ça le Gramoxone et je n'ai jamais noté que la terre n'était pas bonne", dit-elle. En réalité, le Gramoxone est un herbicide, du paraquat, dangereux pour la santé également. 

Un peu plus loin, une autre passante, observe tout en ne voulant pas se rapprocher du stand. "On en parle à la télévision, du lundi au dimanche. Et puis, je suis bouffie. Je sais tout ce que je dois savoir. Je ne peux même plus manger mes bananes", explique cette femme qui ne sait pas que les bananes comme toutes les cultures aériennes sont épargnées par la chlordécone. 

Du côté des services de l'Etat, Virginie Clerc, Secrétaire générale de la Préfecture, répond sur le manque d'affluence.

"Pas beaucoup de monde? Tout est relatif. Moi on m'a dit qu'il y avait au moins une cinquantaine de personnes qui étaient passées. Ce n'est pas un agrégat en permanence je pense que tout au long de la journée, on aura un certain nombre de personnes. Plutôt que de vouloir faire de la quantité, moi je préfère faire de la qualité. Les gens qui viennent ont des questions précises à poser et c'est un vrai dialogue qui  s'engage. (...) Ce n'est pas la communication sur la chlordécone qui passe mal, ce sont les faux messages qui passent bien. C'est toujours plus facile de faire peur avec des messages alarmistes et après les gens ont l'impression d'être informés et de savoir. Pour autant, se battre contre ce qui est devenue une vérité pour les gens en leur expliquant, c'est pas si dangereux que ça, ou le danger il est plutôt ici, ça c'est beaucoup plus compliqué", affirme la Secrétaire générale. 

Un peu plus loin, assise sur un escalier à deux pas des stands, une enfant de 12 ans consulte son téléphone portable. 

"Tu connais la chlordécone?", peut-on lui demander. 

"Non, je ne connais pas", dit-elle. 

Interrogée sur ce point, les services de l'Etat précisent travailler avec le rectorat afin que la chlordécone puisse être abordée en classe avec les élèves pendant quelques heures. Les sols contaminés par la chlordécone le seront pendant 600 ans. Apprendre à vivre avec la chlordécone est donc nécessaire. Ce n'est pas la première opération des services de l'Etat. La précédente, organisée à Petit-Bourg, n'avait pas attiré les foules. Les services ont choisi cette fois de se localiser dans un centre commercial où il y a du passage pour toucher plus de monde. Une prochaine opération d'information sera organisée en janvier 2019 à Trois-Rivières. Avoir si elle remportera plus de succès mais les services ont conscience d'avoir entamé un travail de longue haleine.