Le port du masque est-il vraiment dangereux pour les enfants ?

Par 08/03/2021 - 07:05
01/01/2020 - 00:00

Le masque obligatoire pour les enfants à partir de 6 ans provoque l’ire de certains parents d’élèves. La mesure entrée en vigueur le 22 février, est appliquée depuis le 4 mars dernier. Mais depuis une semaine, un collectif de parents d’élèves multiplie les actions pour dénoncer cette nouvelle règle. Blocages, barrages, opération escargot…Ils mettent tout en œuvre pour contraindre l’Etat à revenir sa position. Mais le port du masque est-il vraiment dangereux pour les enfants ? Que dit la communauté scientifique ?

    Le port du masque est-il vraiment dangereux pour les enfants ?

Alors que le masque est désormais obligatoire à l'école dès l'âge de 6 ans depuis le 22 février dernier en Guadeloupe, certains parents voient d'un mauvais œil cette nouvelle restriction sanitaire.

Ces derniers mois, on a vu fleurir sur les réseaux sociaux des publications mentionnant souvent les mêmes arguments à savoir l’intoxication au dioxyde de carbone, la toxicité des masques, la fragilité du système respiratoire et un impact psychologique.

Les craintes sont légitimes en tant que parents mais pour l’heure, la communauté scientifique ne mentionne aucune " contre-indication médicale générale au port du masque chez l'enfant de plus de 3 ans».

Le port du masque chez l'enfant à partir de 6 ans doit être assortie de plusieurs conditions pour l'Organisation Mondiale de la Santé et l'Unicef : la transmission intense du virus et la supervision d'un adulte.

Des études sur le port du masque chez l'enfant

De nombreuses études ont en effet été menées ces 20 dernières années sur le sujet tant en Asie, aux Etats-Unis qu’en Europe notamment des essais cliniques menés lors des épidémies de SRAS, de la grippe ou de l’influenza mais il existe peu de données probantes sur les effets du port du masque dans le cadre de la pandémie de covid-19 compte tenu de l'apparition récente de la maladie et de ses variants. 

Une étude transversale réalisée en Chine du 16 au 25 février 2020 parmi des élèves âgés de 6 à 13 ans a montré que 52% des élèves avaient un bon comportement pour le masque avec un lien trouvé entre le niveau d'études des mères et le lieu de résidence des enfants. 

Le 8 juin 2020, l'Institut national de santé publique du Québec recensait la littérature scientifique existante sur le port du masque par les enfants. Dans ce document, ils expliquaient ainsi que le port du masque avait déjà été recommandé pour les enfants avant l'épidémie de covid-19. C'était le cas pour les jeunes patients atteints de mucovicidose et lors de l'épidémie de SRAS ou lors d'études menées en milieu scolaire ou familial. 

En France, le collectif “Du côté de la science”, un groupe indépendant de scientifiques entend "alerter et conseiller sur la lutte contre la covid-19" . Le collectif a publié un article le 1er novembre 2020 qui reprend en détail toutes les études scientifiques menées sur le sujet. Selon eux, aucune n’a démontré un risque avéré du port du masque chez l'enfant.

Ces études préconisent pour bon nombre d’entres elles, le port de masques adaptés à la morphologie des enfants combiné à des explications de la part des parents dans le but principal d’obtenir la coopération des enfants.

Une étude canadienne de 2004 concluait d’ailleurs en ce sens en  mentionnant la nécessité d'une bonne communication autour du port du masque au préalable de la part des parents afin de susciter une meilleure adhésion et limiter l'impact psychologique de l'absence de communication non-verbale avec les adultes.

Toutefois, pour l'instant, il n’existe aucune étude sur le risque psychologique à long terme du port du masque par les enfants en période pandémique.

Les études menées sur le port du masque par l'enfant ont également tenu compte des conséquences sur l'apprentissage de la lecture ou l'inclusion des enfants malentendants notamment. Les masques dits inclusifs qui permettent la visualisation des lèvres du porteur doivent donc être mis à disposition.

En France, le handicap est un motif de dérogation au port du masque à l'école indiqué à l'article 2 du décret du 29 octobre 2020. Les parents dont l'enfant présente un handicap doivent donc fournir à l'établissement scolaire, un certificat médical qui atteste de la contre-indication au port du masque.

Une étude réalisée par la FDA en 2011 et intitulée "Facemask use by children during infectious disease outbreaks", démontrait des effets néfastes sur la physiologie respiratoire et la sécurité des enfants. Cependant les informations présentées ne sont plus à jour. Les situations présentées n'incluent pas la covid-19 et les données ne se limitent pas au masque non médical. En outre la FDA a depuis approuvé un masque pédiatrique pour les enfants âgés de 5 à 12 ans. 

Des études réalisées aux États-Unis (Utah, en 2007) et en Allemagne (entre 2009 et 2011) évoquent les défis constitués par le port du masque par l'enfant avec des participants qui faisaient face à la distraction et l'inconfort. Certains articles de presse font également référence à des fermetures de classes sur de courtes périodes en Israël et au Japon en raison de la chaleur qui rendait impossible le port du masque. Néanmoins, pour l'instant, aucune étude n'a été réalisée en milieu tropical sur cette problématique. 

"le port du masque obligatoire pour les enfants sera toujours plus efficace qu’aucune mesure."

Pour les scientifiques du collectif "Du côté de la science"  "la balance bénéfices-risques est donc largement en faveur du port généralisé du masque, dès que possible. Selon eux, le port du masque obligatoire pour les enfants sera toujours plus efficace qu’aucune mesure."

Mais ils précisent qu’en cas de port imparfait, un complément par double protection masque et visière pourrait être envisagé.

L'argument de la balance bénéfices-risques a également été avancé par l'Organisation Mondiale de la Santé au vu de la situation sanitaire actuelle. 

De nombreux recours déposés en France

En France hexagonale, cette mesure en vigueur depuis le 2 novembre dernier a créé une véritable levée de boucliers chez certains parents. Plus d’une centaine de recours ont été déposés au mois de novembre par des collectifs et de nombreuses manifestations sont organisées à travers le pays.

Certains parents ont porté l’affaire devant le Conseil d’Etat. En janvier dernier, le juge des référés du Conseil d'Etat a rejeté le recours d'un collectif du Maine-et-Loire déposé le 21 décembre en se référant aux recommandations du Haut Conseil de Santé Public.

Le 25 novembre dernier, l'institution avait déjà rejeté un référé d'une dizaine de parents de la Gironde sur le même motif.

La perception du port du masque par les enfants  à l'étranger ?

Si le masque est formellement interdit avant 2 ans, de nombreux pays ont érigé des recommandations pour le port du masque des enfants plus jeunes. Ainsi, aux Etats-Unis, au Japon, en Ecosse, en Angleterre et à Singapour, il est recommandé de donner le masque aux enfants à partir de l’âge de 2 ans et de 4 ans à Taiwan

En Espagne, en Italie et en Allemagne la recommandation est de 6 ans comme en France.

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