Quand le resto demande votre empreinte bancaire pour réserver

Par • Mis à jour le 10/01/2020 - 11:12

Une nouvelle pratique est arrivée en Guadeloupe : via une application, appelée Zenchef, le restaurant demande au client une empreinte bancaire afin de réserver une table. Et si le client ne se présente pas, et qu’il n’a pas prévenu à temps, il est, en théorie, débité d’une certaine somme. Objectif : limiter les pertes pour le restaurateur.

    Quand le resto demande votre empreinte bancaire pour réserver

Un restaurant gastronomique de Saint-François est le premier, en Guadeloupe, à avoir adopté ce type de service. Via l’application Zenchef, les réservations se finalisent en ligne, même si elles ont débuté par un coup de téléphone du client.  Ce dernier reçoit un e.mail avec un lien lui permettant de laisser son empreinte bancaire afin de bloquer une table. Objectif pour le restaurateur : limiter le manque à gagner en cas de réservation non honorée, appelée en anglais le « no show ». 

Une réservation en ligne pour "ne pas rater des tables"

55 euros par personne soit 110 euros pour un couple. C’est le prix que coûte une réservation non honorée au restaurant l’Orchidéa à Saint-François. Son chef et propriétaire, Arnaud Bloquel, assume totalement cette pratique mise en place depuis trois mois car il « en avait marre des no show », ces clients qui réservent et ne se présentent pas.

« On refuse des clients parce qu’on est complet et à la fin on se retrouve avec deux tables de deux ou trois tables de deux, parce qu’on a des clients qui ne sont pas venus. » Avec un seul service, une capacité de 10 tables, soit « 28 à 30 couverts maximum, on ne pouvait pas se permettre de rater des tables », explique encore le restaurateur, qui a donc décidé de demander cette garantie à ses clients. Ces derniers peuvent ainsi lire sur l’ e.mail reçu : « nous vous remercions vivement pour votre demande de réservation [...] Une empreinte bancaire est nécessaire pour confirmer cette réservation (55 € par personne). Un prélèvement sera effectué si vous ne l'honorez pas. »

Le prix, fixé par le restaurateur, correspond au coût du "menu le moins cher" auquel s'ajoutent "des frais" demandés par le site Zenchef.

L’annulation est possible, dans un délai maximum de « 12 heures » avant l’heure de réservation. Délai encore trop court pour le Chef. « Cela va passer à 24 heures ces prochains mois », précise-t-il encore. Cependant, Arnaud Bloquel assure n’avoir « jamais prélevé personne », expliquant qu’il s’agit simplement d’inciter ses clients à « ne pas bloquer une table pour rien », et qu’il n’est « pas là pour voler les clients ».

"Attention à ce qui est écrit" et "la réciprocité "

Pour Judes Griffard, président de l’union régionale des consommateurs en Guadeloupe il faut faire attention aux « termes précis du contrat, à ce qui est écrit» et surtout « à la réciprocité » pour ne pas léser le consommateur.

« Si le client vient annuler cinq heures avant et que c’est un cas de force majeure, un accident de la circulation, un enfant malade, doit-il fournir un certificat médical pour montrer que ce n’est pas de sa faute ? » Et « si le client arrive au restaurant et que pour une question de gestion chez le restaurateur, sa table n’est pas prête, il doit attendre une heure, ou qu’on lui dit « on ne trouve pas votre réservation » et le client ne mange pas, est ce que le restaurant le dédommage de 110 euros pour un couple ? »

Un restaurateur de Saint-François, qui préfère rester anonyme, se dit totalement « contre cette pratique de peur de faire fuir le client sur le long terme ». Mais d’autres la comprennent tout à fait, même s’ils n’ont pas franchi le pas, comme Jimmy Bibrac, chef du restaurant O’Zépices à Bouillante.

« Pourquoi je ne le fais pas ? Parce que si la mamie de 80 ans t’appelle, qu’elle n’a pas cet accès informatique pour réserver, elle a le droit de venir manger dans ton restaurant ! Donc moi je ne le fais pas sous cette forme là. » Jimmy Bibrac reconnaît toutefois qu’il lui arrive de demander « des arrhes sur les grandes tables car quand vous avez un restaurant avec 35 couverts, et derrière une table de deux et une table de quatre qui vous préviennent à la dernière minutes qu’ils ne peuvent pas venir, ça vous fait déjà six couverts. Avec un ticket moyen de 50 euros par personne, c’est 300 euros de chiffre d’affaire perdus. »

Alors le client n’est-il plus roi, comme le veut l'expression consacrée ? "Au restaurant, le client n'a jamais été le roi, les clients viennent manger dans mon restaurant, ils viennent manger chez moi, pas chez eux, on ne peut pas laisser faire aux clients n'importe quoi dans un lieu qui ne leur appartient pas", répond Arnaud Bloquel.

Avant, « le roi avait une certaine éducation », nuance quant à lui le restaurateur de Saint-François, pourtant contre la réservation avec empreinte bancaire, mais qui, lui aussi, a eu affaire à des clients fantômes.

(Photo d'illustration)

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