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La mort d'André Brink : "Merci de m'avoir fait confiance" Euzhan Palcy

Elle avait porté à l'écran "Une saison blanche et sèche", le roman d'André Brink, l'écrivain afrikaneer, 79 ans, décédé samedi à bord d'un avion qui le ramenait en Afrique du Sud. Il venait d'être fait docteur honoris causa à l'université catholique de Louvain en Belgique. Euzhan Palcy, la réalisatrice martiniquaise, a réagi sur son compte twitter pour dire toute la tristesse qu'elle a ressenti à l'annonce du décès d'une des figures emblématiques de la littérature sud africaine dans la lutte contre l'apartheid. André Brink s'était rendu aux Antilles (Guadeloupe et Martinique) où il avait rencontré Aimé Césaire. Il avait trouvé dans la poésie de Césaire une source d'inspiration.
Par Jean-Philippe LUDON, @jpludonrci
Par Jean-Philippe LUDON, @jpludonrci
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Mon cher André. Merci pour ta confiance, ton soutien, ton amitié indéfectibles.
#Andrébrink
#UneSaisonBlancheetSèche.

En lettres majuscules (photo), comme pour exprimer de la colère. Celle que l'on ressent toujours face à l'injustice de la mort. Celle d'un être cher en particulier.  Euzhan Palcy, la réalisatrice martiniquaise a d'abord réagi en ces termes sur son compte twitter samedi à l'annonce de la disparition d'André Brink. Puis dans un second tweet publié en anglais et en français, Euzhan Palcy y ajoute en lettres minuscules cette fois, s'adressant à l'écrivain anti-apartheid disparu comme s'il pouvait la lire dans l'au-delà. "Mon cher André, (...) Je suis triste. Tu me manqueras beaucoup".

Et on comprend ce turbulent silence qui a pu s'emparer de la réalisatrice de Rue Case Nègres avec la disparition de Brink. Elle se souvient d'André Brink lui disant "vous savez, j'ai vu votre film Sugar Cane Alley (le titre anglais de Rue Case-Nègres). C'était à l'occasion de sa rencontre avec le prix médicis étranger de 1980 pour "Une saison blanche et sèche". Un roman qu'elle voulait alors porter à l'écran. Un portrait douloureux et sans concession du régime raciste de Prétoria traduit à l'écran par des acteurs comme Donald Sutherland, Susan Sarandon, Marlon Bando et Zakes Mokae.
Venue présenter une version blue-ray de Siméon, il y a quelques jours à Fort-de-France, Euzhan Palcy nous a confié à quel point le film Siméon avait été pour elle une sorte de thérapie à l'horreur qu'elle avait pu mesurer durant le tournage d'une Saison blanche et sèche et dont elle avait du mal à se remettre.

Autre souvenir partagé à l'antenne de RCI, Euzhan Palcy s'est souvenue de la place qu'accordait André Brink à l'oeuvre de Césaire dans sa vie d'écrivain. "Un élément déterminant. Etudiant à la Sorbonne, il dévore les livres de Césaire "Sur un banc du Luxembourg" et découvre que les noirs et les blancs pouvaient vivre ensemble et qu'il n'y avait pas d'incompatibilité à cela " .
C'est en Martinique où il se rend en marge d'un colloque organisé en Guadeloupe, qu' André Brink aura pu voir pour la première fois "Une Saison blanche et sèche" en présence d'un public de noirs. André Brink lui confiera qu'il ne pensait pas pouvoir vivre cela à l'issue d'une projection accueillie dans un concert d'applaudissements et de tapement des pieds. Et c'est aussi l'occasion d'une rencontre avec le poète Aimé Césaire.

André Brink, c'est un homme d'une très grande timidité, très discret, très humble, mais très dur et très à cheval sur certains principes comme le respect de l'écriture, le respect de l'autre (...) dira encore Euzhan Palcy.
André Brink était né le 29 mai 1935 à Vrede en Afrique du Sud. Ecrivain de langue afrikaans et anglaise, il avait étudié à la Sorbonne à Paris. On lui doit de nombreux romans comme Au plus noir de la nuit (1973), Un instant dans le vent (1978), Rumeurs de pluies (1979), Sur un banc du Luxembourg et Un turbulent silence (1982).
De la lecture d'Une saison blanche et sèche, son quatrième roman et prix Médicis étranger en 1980, je garde en mémoire une citation :

"Il n'existe que deux espèces de folies contre lesquelles on doit se protéger. L'une est la croyance selon laquelle nous pouvons tout faire. L'autre est celle selon laquelle nous ne pouvons rien faire".

Jean-Philippe Ludon avec Myriam Boicoulin
@jpludonrci
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