Yvette GUITTEAUD-MAUVOIS : Largement, elle fut un exemple !

Par • Mis à jour le 04/01/2016 - 17:26

"Yvette Guitteaud-Mauvois est décédée à 93 ans. Il faudra certainement écrire l'histoire de la vie de cette militante en dehors des lieux communs ou des généralités, mais on peut, d'ores et déjà, en dire quelques traits. De mon témoignage, je voudrais souligner trois points qui me paraissent essentiels. D'abord, la caractéristique de son engagement féministe dès ses débuts, puis la force de ses convictions de libre penseuse, ensuite la tonicité et la longévité de sa combativité".

    Yvette GUITTEAUD-MAUVOIS : Largement, elle fut un exemple !
Dans l’entre-deux-guerres, la famille Guitteaud vit aux Terres Sainville dans un nouveau faubourg qui se construit sur les marécages du « Quartier des Misérables ». Le père Guitteaud est commerçant de petite quincaillerie à l’actuelle rue Yves Goussard ex rue de la république prolongée. Il est aussi éleveur de coqs de combat ( coq game – prononcez djemm), il en vend à Eugène Aubéry, ce baron du sucre et du rhum.

Son épouse, épicière et tenancenière d’un « débit de la régie » s’établira plus tard à Ravine Bouillée où elle subit une à deux fois l’an, les rudes inondations de ce bouillant ruisseau en temps de pluie. Dans la famille on compte Walter, qui devint inspecteur des PTT, conseiller général des Terres Sainville et plus tard secrétaire général adjoint de la CGTM. Il y a aussi Charlot inspecteur des impôts. La fille Yvette naît en 1922.

Elle rejoint en classe de sixième le pensionnat colonial de jeunes filles où elle obtient à 18 ans en 1940 son brevet supérieur. Elle a souvent raconté comment elle a vécu dans cet établissement, les préjugés sociaux contre les jeunes des quartiers populaires de la part des couches sociales vivant dans le quadrilatère foyalais dit Centre-ville. Mais en juin 1940, on est en pleine seconde guerre mondiale et elle est contrainte de rejoindre sa mère dans la boutique familiale, d’autant plus que son père estimait que l’argent pour les études se justifiait pour les garçons et non pour les filles.

Le régime de Vichy sous la férule de l’amiral Robert en outre se préoccupait avec zèle de renvoyer les femmes au foyer. Le pays entre dans le « tan Wobè », dure époque de misère, de pénurie, de disette et aussi de famine dans les quartiers urbains. Les années 1942 et 1943 sont celles de la débrouillardise et de l’attrait de la dissidence et de la résistance. Il faut organiser la solidarité pour que les plus démunis puissent subsister, pour faire face aux maladies, pour échapper aux exactions des marins de l’amiral Robert, pour éviter que le racisme ne soit le mode dominant, pour que les idéaux de justice, de démocratie, se recréent.

L’engagement d’Yvette aux côtés de ses frères et de tous ces jeunes qui ne veulent plus du monde colonial, est celle de l’organisation collective dans le quartier de ce petit peuple des Terres Sainville. Dès juillet 1943, Yvette à 21 ans, s’implique dans le militantisme au milieu de la grande détresse des plus humbles et des femmes du peuple. On organise la goutte de lait, on se bat pour faire des layettes, on organise des kermesses, des coups de main, on parle aussi de droit de vote des femmes.

Elle épouse en 1944, Georges Mauvois, l’ami de ses frères, il est lui aussi sainvillien. Elle assiste à la conférence d’Etiemble au théâtre municipal en mars 1944 organisé par le jeune professeur Aimé Césaire. Elle applaudit la réponse brillante et virulente à l’évêque par Césaire en avril 1944. Elle s’implique dans la mise en place de l’Union des femmes de la Martinique d’abord créée en Juin 1944 mais surtout relancée après le congrès de la jeunesse le 25 mars 1945 (où son frère Walter a joué un rôle de premier plan). Les femmes ont tenu une place importante dans le succès des communistes aux élections municipales du 27 mai 1945.

Elle s’est mariée en 1944 et a accouché en juillet 1945 de son premier fils. Son féminisme est lié à la misère des masses populaires, liée à la détresse des 2 ans de quasi-famine en 1942-1943 et à la disette et aux restrictions des années qui vont de 1943 jusqu’à 1948.
Les questions de crèches, de la lutte contre les maladies, de la multiplication des dispensaires, des cantines scolaires sont au centre des premières années de L’Union des Femmes de la Martinique. Un féminisme qui eut à se confronter aux diktats des anticommunistes du journal « la Paix » et des proches de l’archevêché. Un féminisme ancré dans les revendications populaires qui, dès le départ, est un engagement de lutte.