Université des Antilles : à l'origine de la discorde

Par Karl Lorand et Hanna Roseau 31/03/2021 - 13:44
01/01/2020 - 00:00
Martinique

L'ambiance est loin d'être au beau fixe à l'Université des Antilles. Entre la bataille des statuts et des récits d'intimidation, notre rédaction est remontée à la racine de ce délitement.

    Université des Antilles : à l'origine de la discorde

Le climat est toujours électrique à l’université des Antilles. Deux mobilisations ont eu lieu en deux semaines sur les deux pôles. Lundi, l'intersyndicale a refusé de participer à une réunion avec le président de l'UA. Les syndicats refusaient la présence des doyens des facultés. 

Etudiants et enseignants ne supportent plus les méthodes de la gouvernance. Au cœur des tensions, les nouveaux statuts votés en février dernier. Statuts qui ne comportent plus deux notions importantes : celle de l'alternance (dans le préambule) et celle de l'autonomie des pôles. Ces éléments faisaient parti des statuts votés en 2016 lors du départ de l'université de Guyane.

Des notions qui n'avaient de toute façon rien à faire là selon Eustase Janky, le Président de l'Université des Antilles.

Je n'ai rien enlevé. L'autonomie n'a jamais existé dans la loi. Dans les anciens statuts, quelqu'un s'est permis d'ajouter tout ça dans le préambule mais cela n'existe pas dans la loi.

Pourtant elles ont toute leur importance selon Marie-Joseph Aglaé, ancien vice-président de l'UAG délégué aux affaires juridiques et contentieuses sous la mandature de Corine Mencé-Caster.

Dans le rapport de l'Assemblée Nationale et du Sénat, l'autonomie figure clairement comme un principe qui doit régir le fonctionnement de l'université. Le terme lui-même ne figure pas dans la loi mais les éléments constitutifs de l'autonomie y sont. Cela se traduit par la possibilité pour les conseils de pôle d'approuver des accords et des conventions. La possibilité de définir des orientations stratégiques. Et puis par exemple que les vices-présidents de pôle sont ordonnateurs des recettes et des dépenses.

Une prérogative budgétaire qui doit être encadrée selon Eustase Janky.

Pour signer les conventions, il faut qu'on fasse très attention. Il y a eu des précédents dans cette université. C'est quand même le président qui va devant les tribunaux. Il y a une limite de 5000 euros par engagement. Mais on peut faire 30, 40 engagements par jour

Une organisation qui va à l'encontre des textes selon Marie-Joseph Aglaé.

Les textes particuliers qui figurent dans le code de l'éducation et qui concernent l'université des Antilles prévoient que les vices-présidents sont ordonnateurs du budget. La loi spéciale déroge à la loi générale. Il n'y a pas besoin de délégation de signature de monsieur Janky. C'est illégal.

Les statuts ont été transmis par la présidence de l'université au ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche pour validation finale.

Pressions, menaces et intimidations

Des tensions qui font émerger d'autres problèmes des problèmes en interne. Des problèmes de manque de communication, de pressions voire de menaces ou d'intimidations particulièrement sur le personnel administratif. Un personnel qui a refusé de s'exprimer.

Ce n'est pas le cas de Francoise Pagney qui a enseigné la géographie durant 30 ans la fac de lettre. Six mois après sa retraite, elle raconte les comportements qu'elle a subis et l'indifférence de la présidence.

Le 13 octobre 2017, lorsque je suis arrivée dans mon bureau, j'ai subi des insultes et des menaces. J'ai fait un courrier le même jour à l'attention du président de l'UA. Je n'ai jamais reçu de réponse. J'ai du changer de bureau. Un jour je suis arrivée sur le campus de Schoelcher, j'ai trouvé mes affaires personnelles, mon matériel pédagogique dans des sacs poubelles

Des difficultés qui rejaillissent sur les étudiants. Certains ont été forcés de repasser leur soutenance de mémoire au motif qu'il s'agissait de soutenances marrons et alors que toutes les règles avaient été observées et les convocations de l'administration reçues par les étudiants.

C'est le cas de Frédérique*.

J'ai rencontré beaucoup de difficultés avec l'administration notamment avec le vice-doyen et le responsable pédagogique. Ils m'ont expliqué que si je ne faisais pas une nouvelle soutenance, mon diplôme ne serait pas validé. Je n'ai jamais pu refaire cette soutenance car je n'ai reçu aucune convocation

Frédérique a finalement obtenu son master mais avec quatre mois de retard.

Des difficultés et des situations qui n'entament pas la confiance d'Eustase Janky à l'approche des élections. Parmi ses grands projets, on trouve la création d'une faculté de sciences en Martinique, réclamée depuis très longtemps ou encore la transformation du département des lettres de Saint-Claude en une faculté. 

Il souhaite également transformer les formations d'ingénieurs en une école d'ingénieur qui serait basée à Jarry. La présidence travaille aussi à mettre en place le 2e cycle de médecine.
 
EN CHIFFRES 

13 000 étudiants sur les deux pôles (  5500 en Martinique, 7500 Guadeloupe )

dotations : Martinique 33,64%      

                    Guadeloupe 66,36% (critères : nombre d'étudiants , types d'études , la recherche...)

Pour aller plus loin, écoutez le point de vue de Corine Mencé Caster, ancienne présidente de l'Université des Antilles :

*le prénom a été modifié.

Tags