[AUDIO] Chlordécone : la disparition de preuves n'est pas un cas isolé

Par 21/01/2021 - 16:40 • Mis à jour le 21/01/2021 - 16:31

Les magistrats du parquet de Paris ont annoncé hier mercredi 20 janvier aux parties civiles martiniquaises que des preuves ont disparu concernant leur plainte pour empoisonnement par le chlordécone, déposée il y a 14 ans. Or il apparaît que ce n'est pas le premier cas de disparitions de preuves lors de procédures portant sur le chlordécone.

    [AUDIO] Chlordécone : la disparition de preuves n'est pas un cas isolé

Dans l'affaire de la plainte déposée pour empoisonnement par le chlordécone, les parties civiles de Martinique ont appris hier mercredi 20 janvier par le parquet de Paris que des documents importants servant de preuves dans l'affaire ont disparu. Il s'agit cette fois de bordereaux de dédouanement qui prouveraient que le pesticide arrivait sur l'île jusqu'en 2005, alors que son interdiction remonte à 1993.

Des disparitions de preuves concernant le chlordécone ont déjà eu lieu 

Dans d'autres procédures touchant au chlordécone, des documents ont déjà manqué à l'appel. Ils avaient alors été obtenus en dehors des administrations. C'est ce qu'avait révélé maître Philippe Edmond Mariette à Jean-Marc Pulvar en octobre dernier.

En 2005, l'avocat était député de Martinique et menait une mission d'information sur l'utilisation du chlordécone et des autres pesticides dans l'agriculture martiniquaise et guadeloupéenne. Une lettre manquante au dossier, autorisant l'utilisation du chlordécone par dérogation, lui avait été remise par une source confidentielle.

Maître Philippe Edmond Mariette revient sur cet épisode de l'affaire :

 

Refus de divulguer des documents, ou d'accorder des auditions

Des propos corroborés aujourd'hui par son homologue guadeloupéen de l'époque, Joel Beaugendre. Ce dernier n'est pas étonné que des preuves disparaissent également dans cette plainte pénale menée par le pôle santé du tribunal de Paris :

A l'époque, on avait demandé des documents qui ne nous ont pas été donnés. Et certains ministères, tels que la santé ou l'agriculture, n'ont pas répondu à notre demande d'audition

Et l'ancien député affirme que l'évocation de la prescription ne le surprend pas non plus :

Comme la responsabilité de certaines personnes du gouvernement est mise en cause, on attend un délai prescription 

 

Les associations déterminées à continuer leurs actions

Le collectif des ouvriers empoisonnés par les pesticides est également en colère depuis hier de la situation annoncée aux parties civiles. Tous craignent qu'un non-lieu soit prononcé, mais il ont déjà averti qu'ils iront jusqu'à la Cour européenne si besoin. Pour Robert Sae, qui fait partie du groupe enquêteur du collectif, il y aurait une volonté d'étouffer l'affaire :

C'est une dissimulation plus qu'une disparition, et l'argument de prescription est irrecevable car il s'agit d'un crime contre l'humanité 

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