Changer d'île

Un conflit dans une entreprise de transport met le transport collectif à l'arrêt et l'autorité concernée reste en retrait

Par Jean-Marc Pulvar (édition : Karl Lorand) / RCI.FM / 04/04/2019 - 07:13

Voilà quatre mois que se déplacer sur le territoire de la Cacem est un calvaire. De droit de retrait en droit de retrait, le réseau Mozaïk est paralysé. Et le conflit au sein d'une entreprise s'est étendu à tout le transport sur le centre. Pourtant, l'autorité en charge du transport refuse de s'impliquer dans le conflit.

L'histoire commence par un droit de retrait des salariés de la Sotravom, le 27 novembre 2018. Ils estiment que les véhicules qu'ils conduisent sont dangereux pour eux et les usagers. Mais les salariés de la Sotravom peuvent ils encore parler de droit de retrait ?

Un droit de retrait est un choix individuel. C’est le choix du salarié qui dit avoir un motif raisonnable de penser que son travail le met en danger grave. Il fait donc le choix de se retirer du travail. Charge à l'employeur de prendre toutes les dispositions pour démontrer qu’il n’y a pas de danger.

Et c’est bien ce qui s’est passé à la Sotravom au mois de décembre. Une mission de l'inspection du travail a examiné les bus dans l’entreprise. Une mission qui avait constaté qu’un seul bus devait être sorti du réseau. Ce qui a été fait.

Un conflit qui patine

Depuis aucun élément nouveau n'a été apporté pour démontrer que les bus mettaient en danger les salariés et les usagers. Alors pourquoi la CSTM n’a pas fait à son tour effectuer une expertise technique sur les bus de la Sotravom pour produire elle-même des éléments qui démontreraient que les bus n’étaient pas en mesure de rouler ?

Aujourd’hui on ne parle presque plus de droit de retrait. D’ailleurs on ne sait plus de quoi on parle. Les chauffeurs disent qu’ils ne sont pas en grève. Et on s'interroge sur la nature réelle du conflit qui oppose les salariés de la Sotravom à leur patron, Antoine Rulle. Des salariés qui n’ont toujours pas réussi à mobiliser avec eux l’ensemble des travailleurs, qu’ils soient de la CSTM ou pas, malgré l'appel à la grève générale.

Le positionnement de Martinique Transport

Après quatre mois sans bus à Schoelcher, le maire de la commune a fini par taper du poing sur la table. Il a annoncé qu'il souhaitait porter plainte contre la CFTU. Luc Louison Clémenté a fini par se faire l'écho des plaintes des Schoelchérois qui souffrent depuis de trop longues semaines.

En revanche, la position de l'autorité organisatrice du transport unique est ubuesque. C’est à dormir debout, lorsque Martinique Transport soutient que le conflit n’est pas de sa compétence. On ne peut pas être autorité organisatrice du transport, avoir tant réclamé le pouvoir pour donner une chance au pays, pour aujourd'hui venir se laver les mains dans ce conflit et répéter que c’est le PPM qui a créé la CFTU, que c’est le PPM qui a mis en place le transport et que le PPM se débrouille tout seul.

Lorsque le président du Conseil exécutif est à Plateau Roy il n’est pas le président du MIM. Il est le président de tous les Martiniquais, comme il s’était lui-même présenté après son élection en décembre 2015. Alfred Marie-Jeanne est donc aussi le président des usagers des transports en commun de la Cacem : les papys et les mamies qui ne peuvent pas aller consulter leur médecin ou faire leurs courses. Il est aussi le président des élèves des lycées de Bellevue, de la Pointe des Nègres ou Acajou même si ces lycéens habitent le Lamentin, Fort-de-France, Saint-Joseph ou Schoelcher.

Plus d'investissements dans le transport

Et ses actions ont des conséquences sur le transport. Parce qu’en réalité, le seul fait d’avoir annoncé que Martinique Transport résiliait la délégation de service public (annonce faite depuis 4 mois) a porté un coup de massue au réseau et aux entreprises qui l'exploitent.

D’abord parce que les deux entreprises qui se sont manifestées pour récupérer la ligne 110 de Schoelcher, qui avait été attribuée à la Sotravom, ont du abandonner leur projet. Les banques leur ont expliqué qu'elles ne s’engageraient pas compte tenu de la résiliation annoncée du marché. Depuis, pas un sou n'est injecté dans cette activité.

Alors n’y a-t-il pas là, la volonté de tuer la CFTU et de répéter que c’est le PPM qui a coulé le transport ? Rappelons que 30 contrats CDD n’ont pas été renouvelés à la CFTU en janvier. Cela, personne n’en parle, dans un pays où le travail est rare. Et quant à la régie promise pour changer le transport, on n’en a pas encore vu la couleur.

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