Amélie Plongeur : "une femme qui voulait totalement que l'Homme noir soit reconnu et qu'il brille...

Par 17/11/2016 - 22:39 • Mis à jour le 17/11/2016 - 22:39

Âgée de 95 ans, Amélie Plongeur s'est éteinte, lundi 14 novembre 2016, dans la maison de retraite où elle s'était retirée depuis quelques années. Un départ dans la sérénité comme elle l'avait souhaité après une longue vie pour aller rejoindre celles et ceux qu'elle avait tant aimés. Professeur de Mathématiques puis proviseur du lycée de Jeunes Filles, Amélie Plongeur, femme active, exigeante, confrontée très jeune à la Résistance, a marqué plusieurs générations d'Antillais. Pour la réalisatrice martiniquaise Euzhan Palcy, "elle voulait totalement que l'Homme Noir soit reconnu et qu'il brille par ses talents".

    Amélie Plongeur : "une femme qui voulait totalement que l'Homme noir soit reconnu et qu'il brille...
Il est des départs que l'on accepte volontiers. Il est des départs qu'on accueille avec soulagement malgré la tristesse, engendrée par l'absence, qui étreint. Celui d'Amélie Plongeur est de ceux-là.

Née au siècle dernier, le 25 avril 1925, Amélie Plongeur, 95 ans, s'est éteinte dans sa maison de retraite avec la sérénité de ceux qui pensent que le temps est venu de tirer sa révérence pour aller retrouver des êtres chers partis plus tôt et forcément trop tôt.

"Lorsque Cécile, sa belle-fille, m'a appelée pour me dire qu'elle était partie, je n'étais pas du tout surprise, je dirai même, ni triste, parce que je m'y attendais", nous rapporte Euzhan Palcy.

La réalisatrice martiniquaise a noué depuis 2004 des liens d'amitié voire de complicité avec Mme Plongeur. Son patient et long travail d'enquête sur nos résistants et nos maquisards l'avait conduit à s'intéresser au capitaine Gérard Pierre-Rose, jeune chef maquisard martiniquais exécuté par les nazis*. Et l'aide d'Amélie Plongeur lui avait été précieuse.

"La dernière fois que nous nous sommes vues, c'était en juin, on a passé beaucoup de temps car on travaillait ensemble sur un projet qui concerne sa vie et la vie du capitaine Pierre-Rose.
Et elle me l'avait dit, qu'elle était très malheureuse, qu'elle se sentait très seule et qu'il était temps pour elle (...) de partir, de quitter ce monde et d'aller retrouver l'amour de sa vie, et aussi sa fille et ceux qui l'avaient précédée" . (...)

La réalisatrice de "Parcours de dissidents" rappelle qu'Amélie Plongeur a été une femme très active.

"Et c'est cette même solitude qui fait que des gens qui sont très actifs et qui se retrouvent couchés toute la journée sur un lit comme ça et qui ne peuvent pas vaquer aux moindres petites occupations... Ils attendent la mort.

Elle a fait le choix. Elle a décidé de partir, de ne plus s'alimenter, parce que pour elle, le moment était venu. C'était maintenant. Elle a pris sa décision.

Pour Euzhan Palcy, Amélie Plongeur "est partie de manière très sereine... très très sereine". Quand j'ai annoncé la nouvelle de sa mort aux amis de toujours, du capitaine Pierre-Rose, du Maquis Fort-de-France dans les Basses Alpes, "évidemment, ils étaient en larmes, ils ont éclaté en sanglots au téléphone, ils étaient très malheureux car ils l'aimaient beaucoup, Amélie, parce qu'elle avait vécu avec eux aussi, pendant toute la guerre, elle était avec le capitaine Pierre-Rose dans les Basses-Alpes avec tout ce monde qui l'a caché d'ailleurs.

Elle a été cachée longtemps parce que les nazis la recherchaient elle aussi.
Comme ils n'arrivaient pas à attraper le capitaine Pierre-Rose, il savait qu'il avait une compagne et ils essayaient de la trouver partout mais elle était bien cachée".


Amélie Plongeur aimait beaucoup les jeunes et son pays


Si certaines générations de Martiniquais se souviennent encore de la brillante élève habituée aux prix d'excellence du primaire à la terminale...
Si pour d'autres plus jeunes, Mme Plongeur fut leur professeur de mathématiques au lycée Schoelcher, leur principal au collège de Godissard et quelques années plus tard, leur proviseur au lycée de Jeunes Filles (actuellement lycée de Bellevue). Un proviseur qui menait avec fermeté son établissement tout ayant beaucoup de sollicitudes pour des jeunes qu'elle souhaitait voir réussir...

Euzhan Palcy, nous l'avons dit, l'a rencontrée en s'intéressant à nos dissidents. Mais les échos sur la personnalité de cette grande dame, commandeur de l'ordre des Palmes académiques, chevalier puis officier de la légion d'honneur sont aussi parvenus à ses oreilles.





Amélie Plongeur fut le professeur de mathématiques d'Annie Ramin. L'ancienne élève eut la redoutable tâche de lui remettre, le 18 juillet 2008 (date évocatrice de la période de la résistance pour la récipiendaire) la médaille d'officier de la légion d'honneur.

"Vous enseignerez donc les Mathématiques jusqu’en 1969, comme professeur certifié puis comme agrégé.

C’est la période pendant laquelle nous l’avons tous connu : Madame PLONGEUR s’efforçait avec beaucoup de succès de développer notre intérêt pour les mathématiques. On n’avait envie ni de s’amuser, ni de rêver pendant le déroulement de ses cours : il fallait écouter, travailler et avancer….

Personne ne s’en est plaint car les résultats étaient à la mesure des efforts exigés de nous. Ce que nous ne savions pas, c’est que malgré une parfaite connaissance de la matière enseignée, elle refaisait régulièrement ses cours, souvent à partir des notes prises et des questions posées par ses élèves.

Volonté de toujours mieux faire et de transmettre tout ce qu’elle pouvait aux jeunes dont elle avait la charge. 25 années ont été ainsi consacrées à cet enseignement, sans que votre passion pour l’enseignement des mathématiques ne s’atténue, au contraire…"

Image retirée.
Amélie Plongeur (à gauche) au Rectorat lors d’une AG de la SMLH.
Les obsèques d'Amélie Plongeur auront lieu ce samedi 19 novembre 2016 à 10 heures à Bellevue (Fort-de-France). Une veillée est prévue la veille à l'espace funéraire de la Joyau.
Jean-Philippe Ludon
@jpludonrci.

(*) Son témoignage est à voir ou à revoir dans le dernier des trois DVD d'Euzhan Palcy consacrés aux dissidents (Antillais maquisards).