Bernard Tapie, éternel "battant", vaincu par son cancer à 78 ans

Par 03/10/2021 - 10:03 • Mis à jour le 03/10/2021 - 09:53

Tour à tour entrepreneur, chanteur, président légendaire de l'Olympique de Marseille, ministre, acteur ou encore patron de presse, Bernard Tapie est décédé à son domicile parisien ce matin (dimanche 3 octobre) à l'âge de 78 ans.

    Bernard Tapie, éternel "battant", vaincu par son cancer à 78 ans
Bernard Tapie en 2013 © AFP / FRED DUFOUR

L'ex-homme d'affaires, ministre, acteur, patron de presse et dirigeant de club Bernard Tapie, un temps érigé en symbole de la réussite sociale avant d'être rattrapé par les ennuis judiciaires, est mort dimanche à 78 ans d'un cancer dont il souffrait depuis 2017, a annoncé sa famille auprès du groupe La Provence.

"Dominique Tapie et ses enfants ont l'infinie douleur de faire part du décès de son mari et de leur père, Bernard Tapie, ce dimanche 3 octobre à 8H40, des suites d'un cancer", précise le communiqué envoyé à la Provence. Sur son compte Instagram, Stéphane Tapie, l'un de ses fils, a posté  "Au revoir mon Phénix", en légende d'une photo en noir et blanc de lui et son père."Au revoir Daddy (...) à jamais le meilleur" a écrit son petit fils Rodolphe sur Twitter.

Tour à tour entrepreneur, chanteur, président de l'Olympique de Marseille, ministre, acteur ou encore patron de presse, Bernard Tapie est décédé à son domicile parisien.

Sa famille a annoncé qu'il serait inhumé à Marseille, "sa ville de coeur".

Un "combattant"

Emmanuel Macron et son épouse Brigitte ont souligné "l'ambition, l'énergie et l'enthousiasme (qui) furent une source d'inspiration pour des générations de Français". "Cet homme qui avait une combativité à déplacer les montagnes et à décrocher la lune ne déposait jamais les armes, et livra bataille contre le cancer jusqu'à ses derniers instants".

Le Premier ministre Jean Castex a salué un "combattant" et un "homme très engagé". 

Pour la légende du cyclisme Bernard Hinault c'était un "battant" et un "homme de défi"; une "faconde légendaire", "voix de stentor, gouailleur mais tellement vrai", pour l'ancien ministre socialiste Jack Lang; une "vitalité impressionnante", selon Franck McCourt, actuel propriétaire de l'OM.

Pour François Bayrou, président du MoDem, il "est une figure qui a incroyablement marqué la société française, avec à la fois ses côtés discutés, polémiques, et en même temps cette espèce d'énergie comme un soleil."

Rue des Saint-Pères, au coeur de Paris, devant son hôtel particulier où il est décédé, des Parisiens, Marseillais viennent rendre hommage. Catherine, supportrice de l'OM, a déposé quelques fleurs. "J'avais besoin de venir ce matin, on s’y attendait mais ça fait quelque chose”.

Au sommet de la gloire et du succès dans les années 1980, la fin de sa vie a été rythmée par la maladie et des soucis judiciaires.

Né le 26 janvier 1943 à Paris dans une famille d'origine modeste, celui qui était connu pour ses coups de gueule et sa gouaille a d'abord été un patron flamboyant et admiré, spécialisé dans le rachat d'entreprises en difficulté, avant de rétrograder au rang d'entrepreneur sulfureux aux pratiques douteuses.

L'homme a aussi fait de la politique: élu député des Bouches-du-Rhône en 1989 sous la bannière de la majorité présidentielle de François Mitterrand, il a été conseiller régional, député européen et, pendant moins de deux mois, ministre de la Ville dans le gouvernement de Pierre Bérégovoy (avril-mai 1992).

Son duel télévisé avec le chef du Front national Jean-Marie Le Pen en 1989 a marqué les esprits.

Grand amateur de sports, "Nanard", ainsi qu'il était souvent désigné, a créé en 1983 une équipe cycliste qui recrutera Bernard Hinault, avant de reprendre trois ans plus tard l'OM, qui devient en 1993 le premier - et toujours seul - club français à remporter la prestigieuse Coupe d'Europe des clubs champions.

165 jours de prison

C'est aussi à l'OM qu'éclate la première grande affaire qui le met en cause, celle du match truqué entre Marseille et Valenciennes, dite "VA-OM", pour laquelle il est condamné pour complicité de corruption et subornation de témoins et passe 165 jours en prison en 1997.

Il sera ensuite condamné dans d'autres dossiers qui aboutissent à sa mise en liquidation judiciaire et la perte de tous ses mandats.

Celui qui a eu sa marionnette aux Guignols de Canal + a également été animateur de télévision et a fait l'acteur, au cinéma ou au théâtre. 

Père de quatre enfants, il est devenu patron de presse en acquérant, en 2012, les derniers titres du groupe Hersant et en dirigeant depuis le groupe "La Provence".

L'affaire Adidas

Très affaibli mais toujours combatif, Bernard Tapie comparaissait encore en mai dernier devant ses juges dans un des volets de "l'affaire de sa vie", son conflit financier de près de trente ans avec le Crédit Lyonnais autour de la revente de l'équipementier sportif Adidas.

"Madame la présidente, il est temps, franchement, qu'on arrête avec cette justice-là !", lançait-il à la cour d'appel saisie de l'arbitrage controversé rendu en 2008, depuis annulé au civil, qui lui avait octroyé 408 millions d'euros dans son litige avec le Crédit Lyonnais.

L'accusation a requis cinq ans d'emprisonnement avec sursis à son encontre pour complicité d'escroquerie et détournement de fonds publics. Son décès éteint automatiquement l'action de la justice à son encontre alors que la décision était attendue mercredi.

En juin, il a publié avec le journaliste Franz-Olivier Giesbert un livre en forme de testament, titré "Bernard Tapie. Leçons de vie, de mort et d'amour", où il revenait notamment sur la "plus grosse" des "conneries" de sa carrière, la vente d'Adidas.

Il y racontait son rapport à Dieu, son statut de quasi "ennemi public numéro 1", après sa chute et la dépossession de ses biens, la privation de ses droits civiques ou son agression en avril dernier, à son domicile, lors d'un violent cambriolage nocturne.

Le football se souvient de celui qui restera à jamais le premier à avoir conquis l'Europe

"A jamais le boss", "à jamais Olympien", "à jamais dans la mémoire du club et des Marseillais": l'hommage du monde sportif à Bernard Tapie, décédé dimanche, rappelait son plus beau fait d'armes à la tête de l'OM, son club de 1986 à 1995: la première (et pour le moment seule) victoire en Ligue des champions de l'histoire du football français.

Il n'a jamais porté le maillot de l'OM, pour le plus grand désespoir des supporteurs locaux, mais Zinédine Zidane est un enfant de Marseille et sait ce que sa ville de naissance doit à Tapie. "Mon souvenir de Monsieur Tapie, tout simplement Président de l'OM qui a eu l'ambition de monter une équipe pour gagner la Champions League. Il a réussi ! A jamais dans la mémoire du club et des Marseillais, que je suis", a écrit le champion du monde 98 sur les réseaux sociaux.

Grâce à Tapie, les Marseillais sont en effet "à jamais les premiers", au point que cette phrase soit devenu le slogan officieux du club phocéen, première équipe française à avoir conquis en 1993 la prestigieuse C1, la compétition-reine du football européen. Sans surprise, les hommages les plus émouvants sont venus de Marseille où une chapelle ardente en hommage à Bernard Tapie sera dressée cette semaine au stade Vélodrome.

"A jamais Olympien ! Bernard Tapie a perdu son ultime combat. Contre un adversaire reconnu pour être imbattable. La lutte fut longue et âpre. Mais elle a fini par tourner du mauvais côté. Incarnant le succès, la victoire, la conquête, il a marqué la légende olympienne. Pour toujours", a déclaré l'OM dans un communiqué.

"Repose en paix Bernard Tapie, quel homme. Légende", a de son côté tweeté l'Anglais Chris Waddle, passé par l'OM entre 1989 et 1992, tandis que l'actuel sélectionneur de l'équipe de France Didier Deschamps a reconnu que sa disparition l'attristait "profondément". "C'est sous sa direction, à l'Olympique de Marseille, que j'ai connu mes premiers grands succès, que j'ai remporté mes premiers titres, notamment le plus beau qu’un joueur puisse rêver avec son club, la Ligue des champions, le 26 mai 1993", a rappelé l'ancien milieu de l'OM (1989-1994). "A travers l’exigence qui était la sienne, il a certainement renforcé mon esprit de compétiteur. Bernard Tapie était un homme passionné et passionnant quand il parlait de management, un battant qui détestait être battu et dont le mental de fer déteignait sur ses joueurs", a-t-il souligné.

Applaudissements au Roazhon Park

Pour Jean-Michel Aulas, actuel président de l'Olympique Lyonnais, "c'est un pan entier du football français qui s'éteint": "Ta passion était un phare. Tu as montré la voie à bon nombre d'entre nous et sans toi, rien ne serait comme aujourd'hui, y compris pour l'Olympique Lyonnais".

Ancien président du Paris SG, Michel Denisot retient lui "les 1.000 vies de Bernard Tapie (qui) sont hors-normes".

Comme la grande majorité des clubs de L1, la Ligue de football professionnel (LFP) a rendu hommage à Tapie, au coeur du plus grand scandale du football français avec l'affaire du match truqué entre l'OM et Valenciennes en mai 1993, avec un communiqué, sans décrêter de minute de silence avant les matches de la 9e journée de L1 au programme dimanche.

"La LFP a appris avec une immense peine la disparition de Bernard Tapie. En ce moment d'une grande tristesse pour le football français, la LFP présente toutes ses condoléances à sa famille, ses proches et à l’Olympique de Marseille", a indiqué la LFP.

Avant le coup d'envoi du match Rennes-PSG dimanche à la mi-journée, les spectateurs du Roazhon Park lui ont rendu hommage en applaudissant pendant une trentaine de secondes alors qu'une photo de l'ancien patron de l'OM apparaissait sur un écrant géant.

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