Les réactions se multiplient après le non-lieu requis dans l'enquête sur le scandale du chlordécone

Par 25/11/2022 - 14:41 • Mis à jour le 25/11/2022 - 14:39

En Martinique, un appel à manifester a été lancé avant même le réquisitoire du parquet tandis qu'en Guadeloupe, Harry Durimel promet que le combat judiciaire n'est pas fini.

    Les réactions se multiplient après le non-lieu requis dans l'enquête sur le scandale du chlordécone

Ce jeudi, le parquet de Paris a requis le non-lieu dans l'enquête sur l'empoisonnement de l'environnement et des personnes par le chlordécone en Martinique et en Guadeloupe.

Une position qui ne surprend pas les parties civiles au regard des déclarations du ministère public ces dernières années. Pour l'accusation, la majorité des faits était prescrite avant même le dépôt des premières plaintes au milieu des années 2000.

"Ce n'est pas un événement puisque ce réquisitoire était annoncé par le procureur de la République", a réagi Harry Durimel, avocat, rédacteur de la plainte initiale contre l’empoisonnement au chlordécone et maire écologiste de Pointe-à-Pitre.

"Nous avons déjà affûté nos armes", prévient Harry Durimel dans l’attente de l’ordonnance de non-lieu des juges d’instructions. Il a indiqué être "dans les starting-blocks" pour l’attaquer en appel "ou encore frapper cet arrêt éventuel de la cour d'appel d’un pourvoi en cassation".

"La population doit savoir que dans ce combat que nous avons engagé il y a 20 ans, nous n’avons jamais baissé les bras", a-t-il ajouté.

Appel à manifester

"Nous avons déjà pris rendez-vous le 10 décembre pour nous mobiliser", a déclaré, Philippe Pierre-Charles, un des porte-paroles du Lyannaj pour dépolyé Matinik (un collectif d’association engagé dans la lutte contre le chlordécone). Cette réquisition est "un crime sur le crime" pour le syndicaliste.

"Nous avions pressenti un peu l’affaire puisque le tribunal avait décidé de ne pas interroger les ouvriers agricoles qui voulaient témoigner de la diffusion du chlordécone après les interdictions", a-t-il ajouté.

"Il va bien falloir que les Martiniquais réagissent et bien au delà du volet judiciaire et qu'ils se mobilisent dans la rue et envoyer un message fort à nos gouvernants sur les berges de la Seine", a lancé pour sa part Louis Boutrin, avocat de l'association Pour une écologie urbaine.

"Il y a une volonté manifeste de ruser avec les propres lois de la République, et c'est cela que nous dénonçons aujourd'hui", a-t-il commenté.

La possible prescription de l'action publique a par ailleurs déjà suscité indignation et colère aux Antilles, notamment en Martinique où 5.000 à 15.000 personnes avaient par exemple défilé dans les rues de Fort-de-France fin février 2021. 

Les populations antillaises présentent en particulier un taux d'incidence du cancer de la prostate parmi les plus élevés au monde.

Ces cancers de la prostate liés à l'exposition au chlordécone ont été reconnus comme maladie professionnelle en décembre, ouvrant la voie à l'indemnisation d'exploitants et ouvriers agricoles.

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