Les affaires judiciaires majeures de l'année 2020 en Martinique

Par 30/12/2020 - 15:41 • Mis à jour le 30/12/2020 - 15:30

L'année 2020 a été source de nombreuses affaires judiciaires majeures en Martinique. Alors que des célébrités ont eu affaire à la justice, plusieurs procès liés au militantisme ont émaillé l'année, et des affaires criminelles d'envergure ont été jugées.

    Les affaires judiciaires majeures de l'année 2020 en Martinique

Affaires judiciaires et militantisme

L’année commence sur les chapeaux de roues pour le tribunal judiciaire avec le mouvement des militants Rouge vert noir.
La juridiction doit  juger à la mi-janvier ceux qui avaient été surnommés "les sept d’océanis". Poursuivis pour des violences survenues en novembre 2019 sur le parking du centre commercial du Robert, les militants ne parviennent pas à la salle d’audience à cause d’une très forte mobilisation devant le palais de justice qui donne lieu à des affrontements avec les forces de l’ordre jusque tard dans la nuit. Le procès est donc renvoyé au mois de juin. Celui-ci ne peut finalement pas avoir lieu : l’institution décide de ne pas tenir l’audience, au vu du nouvel appel à la mobilisation le 3 juin. 

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Rassemblement devant le Palais de justice  ©RCI martinique

L'autre procès attendu aura été celui de Keziah Nuissier, ce jeune homme poursuivi pour des violences sur des agents dépositaires de l’autorité publique lors d’une manifestation en juillet dernier devant le commissariat de Fort-de-France. Blessé lors de ces affrontements, Keziah porte également plainte pour des coups reçus. Une enquête du IGGN et du IGPN est diligentée par le procureur de la république qui atteste cette version des faits. Deux militaires devraient être prochainement jugés à Cayenne dans cette affaire. Mais les nouveaux avocats de Keziah Nuissier vont plus loin en novembre dernier et accusent le procureur de partialité. Cette prise de position soulève la colère des magistrats de Martinique. L’affaire pourrait être dépaysée.

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Interpellation de Keziah Nuissier      ©RCI Martinique

Le MIR obtient de son côté en février une décision historique. La cour européenne des droits de l’Homme reconnaît recevable la requête pour réparation de la traite négrière et de l’esclavage, contrairement à toutes les juridictions françaises qui l’avaient rejetée. Il s'agit d'une avancée notable après la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité par la loi Taubira en 2001. 

Enfin, le maire du Prêcheur Marcellin Nadeau a été débouté à deux reprises cette année sur son arrêté anti-chlordécone pour certains quartiers de sa commune. Le tribunal administratif, puis la cour administrative ont donné raison au préfet de région qui avait annulé l’arrêté municipal.

Des procès criminels d'envergure

Le premier procès très attendu aura été celui qui jugeait les complices des attentats de janvier 2015. Ceux qui ont ôté la vie à la policière martiniquaise Clarissa Jean-Philippe. Ce procès aura duré 54 jours. Interrompu à cause du Covid, il aura été sources de fortes émotions pour les proches des victimes. La Cour d'assises spéciale de Paris prononce des peines allant de quatre ans de prison à la réclusion criminelle à perpétuité. Pour la mère de Clarissa Jean-Philippe qui avait fait le déplacement, c'est un soulagement. "Mais ça ne me rendra pas ma fille" avait-elle conclu.

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Clarissa Jean-Pilippe  ©RCI Martinique

On retiendra deux autres procès de l’horreur devant la cour d’assises de Martinique en cette année 2020 : deux infanticides et un féminicide. 

En juin dernier, la cour reconnaît Simon Béroard coupable des sévices corporels qui ont provoqué la mort de sa petite fille Soraya âgée de 6 mois. Il est condamné à 20 ans de réclusion criminelle. L’autre drame qui a occupé les jurés de la cour est le meurtre de Leila Laviolette et de ses garçons tués à coups de couteau. Kerry Ferdinand, l’ancien compagnon qui n’avait pas supporté la séparation, devra passer le reste de sa vie derrière les barreaux pour son crime. 

Concernant d'ailleurs la question des violences faites aux femmes, la justice dispose désormais en Martinique de bracelets anti-rapprochements. Portés par les agresseurs, ils permettent à leurs victimes d'être informées si ils se rapprochent. De plus, un centre de suivi et de prise en charge des auteurs de violences conjugales de Martinique a été inauguré début décembre 2020 à Balata à Fort-de-France. Un accompagnement psychothérapeutique et médical est proposé aux pensionnaires. 

Célébrités martiniquaises et affaires judiciaires 

D'abord, l’avocat Alex Ursulet est inquiété en fin d’année dernière puis en début 2020 pour une affaire de mœurs. Une plainte est déposée à la mi-octobre par une ancienne stagiaire de son cabinet pour "viol" et "harcèlement sexuel". Une enquête est ouverte, et l’avocat est placé en garde à vue. A ce jour, il est placé sous le statut de témoin assisté.
Maître Ursulet a de son côté porté plainte pour "dénonciation calomnieuse", "faux" et "tentative d'escroquerie au jugement".

Kevin Valleray et Christy Campbell ont pu être jugés par le tribunal correctionnel de Paris. Près de 6 ans après les faits, les deux artistes, le martiniquais Kalash et le guadeloupéen Admiral T comparaissent en octobre pour des faits de violences sur des policiers dans le quartier de Bastille à Paris. Kalash est condamné à une amende de 15 000 euros tandis qu'Admiral T est relaxé.

Enfin, difficile de ne pas revenir sur l’affaire Michel Zecler, ce producteur de musique d’origine martiniquaise roué de coups par des policiers fin novembre alors qu'il regagnait son studio d’enregistrement du 17e arrondissement à Paris.

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Michel Zecler    ©AFP

Les trois policiers du commissariat local tentent de faire passer cette interpellation pour une grave affaire de rébellion, en rédigeant un rapport démenti par les images. Au total, quatre fonctionnaires de police sont mis en examen et placés sous contrôle judiciaire.

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